Les travaux de la journée ont été inaugurés par Amador G. Ayora, directeur d’elEconomista. Ils se sont articulés autour de trois tables rondes consacrées au secteur ferroviaire ; à l’innovation et à l’expérience usager dans les transports en communs ; ainsi qu’aux infrastructures, à l’énergie et aux données. La clôture de la journée a été assurée par Sara Hernández, secrétaire générale à la Mobilité durable au ministère des Transports et de la Mobilité durable.
Josep Maria Martí, président de Moventia, a participé à la deuxième table ronde, intitulée « Innovation et expérience usager dans les transports publics ». Il avait pour partenaires de débat Imanol Martín Ortiz de Landázuri, associé en charge du secteur des transports chez Deloitte; Juan Antonio March, directeur Rail&Transit chez Mobility de Indra Group; et Francisco Javier (Patxi) Gómez López, directeur de la planification stratégique et de l’exploitation du Consortium régional des transports de Madrid. La session a été animée par Víctor de Elena, éditorialiste responsable de la rubrique Mobilité et transports au journal elEconomista.
Lors de son intervention, Josep Maria Martí a analysé la forte croissance de la demande en matière de transports publics dans de nombreuses villes et soutenu qu’il ne s’agissait pas simplement d’un phénomène ponctuel lié à des mesures telles que la gratuité ou les réductions tarifaires. « Nous ne sommes pas face à une simple évolution conjoncturelle, mais à une transformation structurelle de la mobilité urbaine et métropolitaine », a-t-il affirmé.
Le président de Moventia a souligné que, sur de nombreux axes et grandes villes, la fréquentation des transports publics avait connu une hausse très importante, « allant dans certains cas jusqu’à être multipliée par 1,5, voire par 2 ». Dans ce contexte, il a rappelé que des villes comme Madrid ou Barcelone disposent d’une offre de transports publics « particulièrement développée, mature et compétitive », permettant aux usagers de faire évoluer plus facilement leurs habitudes de déplacement.
Le président de Moventia a également évoqué des facteurs économiques et démographiques de fond pour expliquer cette hausse de la demande. « L’économie se porte bien, le PIB est en hausse et le secteur tertiaire crée de plus en plus d’emplois, ce qui entraîne une augmentation des déplacements urbains et interurbains », a-t-il expliqué. Selon lui, l’augmentation de la fréquentation des transports publics ne s’explique donc pas uniquement par les tarifs, mais par la combinaison de plusieurs facteurs : une activité économique plus soutenue, une concentration urbaine croissante, des besoins de mobilité quotidienne plus importants et une perception plus positive des transports publics comme véritable alternative.
À cet égard, il a insisté sur la nécessité pour les systèmes de transport d’être capables d’absorber cette hausse de la demande tout en garantissant un niveau de qualité suffisant. Pour illustrer l’importance de disposer d’un réseau de transports publics solide et dense, Josep Maria Martí est revenu sur sa récente expérience à Tokyo. Comme il l’a expliqué, « sans le transport public, la ville ne pourrait pas fonctionner », tant son réseau est dense et étendu.« Nous devons faire des transports publics la colonne vertébrale de la mobilité. Nous devons nous inspirer de l’exemple d’une ville qui assure chaque jour les déplacements de 37 millions de personnes », a-t-il ajouté.
Parmi les autres sujets abordés au cours des échanges figurait l’organisation des transports publics dans les grandes agglomérations, avec une attention particulière portée aux modèles de Madrid et de Barcelone. Josep Maria Martí a notamment souligné le rôle de Julián Revenga, premier directeur général du Consortium régional des transports de Madrid, qui a impulsé la structuration et le lancement de l’abonnement « Abono Transporte ». Ce dispositif a permis, pour la première fois, d’unifier les tarifs du métro, des bus et des trains de banlieue dans un titre de transport unique. Pour le président de Moventia, cette décision a marqué une avancée majeure en « plaçant l’usager au cœur du dispositif » : un titre unique, un système plus simple à comprendre, davantage de confort et moins de freins au passage d’un mode de transport à l’autre.
Le président de Moventia a rappelé qu’à Barcelone, une intégration comparable n’avait été mise en place qu’en 2000, Madrid ayant ainsi pris de l’avance dans ce domaine. Il a toutefois précisé que l’objectif n’était pas de reproduire un modèle à l’identique, mais de s’inspirer de ce qui marche le mieux. « Les attentes des usagers sont très claires : une information accessible, un système de paiement simple, des tarifs lisibles, une intermodalité efficace et un service confortable, ponctuel et fiable », a-t-il souligné.
La technologie a constitué un autre axe majeur des échanges. Le dirigeant du groupe a souligné qu’elle transforme en profondeur le fonctionnement quotidien des opérateurs de transport, notamment grâce à la gestion des informations en temps réel. Pour les voyageurs, « cette évolution se traduit par des bénéfices très concrets comme savoir quand arrivera le prochain bus, métro ou train, être informé immédiatement des perturbations, mieux planifier ses déplacements et réduire l’incertitude ainsi que les temps d’attente », a-t-il expliqué.
Au cours du forum, Josep Maria Martí a également évoqué les principales préoccupations auxquelles sont aujourd’hui confrontés les opérateurs de mobilité. Selon lui, les défis sont à la fois économiques, sociaux et opérationnels. Il a notamment insisté sur la nécessité de « faire face aux contraintes imposées par la loi de désindexation » qui limite la possibilité de répercuter de manière suffisante la hausse des coûts dans les contrats. Cette situation, a-t-il précisé, « est particulièrement importante dans un contexte marqué par la hausse des coûts résultant de l’instabilité géopolitique permanente, l’augmentation des tarifs de l’énergie et la nécessité de poursuivre les investissements en faveur de la qualité et de la durabilité ».
Le président de Moventia a également alerté sur les difficultés croissantes de recrutement, notamment de conducteurs et de profils techniques, une situation qu’il juge préoccupante pour l’ensemble du secteur.
